« Depuis quatre mois, nous ne pêchons plus des poissons, mais des sachets plastiques. »
Ce cri de détresse provient des pêcheurs de la zone littorale entre Baguida et Aného, confrontés à une situation qui se dégrade jour après jour.
Les travaux de dragage du Port autonome de Lomé, menés par Lomé Container Terminal (LCT) entre le 31 juillet et le 16 septembre 2025, ont permis d’approfondir le chenal d’accès à –18,60 m et d’élargir le cercle d’évitage à 550 m[1].
Bien que ces travaux n’aient pas été présentés comme générateurs directs de déchets plastiques, les pêcheurs locaux ont observé une accélération de la pollution plastique dans leurs zones de pêche dès la période qui a suivi le dragage.
« Avant, on trouvait quelques sachets dans nos filets. Depuis le dragage, c’est devenu insupportable », témoigne un pêcheur de Kpémé.
Les hypothèses avancées pour cette pollution sont entre autres : le remous généré par l’approfondissement du port, la modification des courants et la mobilisation des déchets anciens jusque-là déposés en profondeur, entraînant une redistribution vers les côtes.
Des études menées en Afrique de l’Ouest illustrent l’ampleur du phénomène[2] : dans des zones de mangrove et plages sableuses du Ghana, la densité de déchets plastiques atteint en moyenne 94 objets par m².
Une étude menée au Togo sur les trois communes littorales de Lomé (Bè Est, Golfe 4, Golfe 6) montre que les déchets plastiques représentaient jusqu’à 11 % des déchets collectés[3].
Selon le programme WACA, 80 % des déchets plastiques mal gérés en Afrique de l’Ouest finissent dans les zones côtières, avec un coût estimé pour les secteurs pêches et aquaculture de $10 000 à $33 000 par tonne de plastique[4].
Les pêcheurs décrivent une série d’impacts dramatiques sur leurs activités. Selon eux :
- Les filets remontent non des poissons, mais des quantités de sachets plastiques.
- Les poissons fuient ou ne s’installent plus dans la zone contaminée.
- Les filets se déchirent à cause des sachets plastiques alors que le coût des filets augmente : « Nos filets se déchirent quand ils prennent des sachets et ne remontent plus bien », explique un pêcheur d’Aného.
- L’absence d’une structure pour le dépôt ou le traitement de ces déchets rend la situation intenable : « Quand on enlève les sachets, on ne sait pas où les jeter car il n’y a pas de décharge publique pour les ordures. » un son de cloche d’un pêcheur de Kpeme
- L’insécurité alimentaire s’accentue, le revenu des familles dépendant de la pêche chute à cause de la rareté des poissons causée par la pollution aux plastique et autres déchets.
Le Centre pour la Justice Environnementale – Togo (CJE-Togo), attire l’attention des autorités compétentes sur ce constat doublement alarmant : d’une part, il s’agit d’un problème environnemental ; d’autre part, c’est une question de justice sociale.
Le CJE-Togo appelle :
- À une enquête indépendante sur l’impact environnemental des travaux de dragage et sur la redistribution des déchets plastiques.
- À l’instauration de systèmes de collecte et de traitement des déchets plastiques dans les communautés côtières.
- Au renforcement de la réglementation et du contrôle des activités portuaires afin de minimiser les effets secondaires sur les zones de pêche artisanale.
- À l’accompagnement des communautés de pêche par des programmes de gestion adéquate des déchets.
Le CJE-Togo rappel que l’Océan est une source de vie, de dignité et de souveraineté alimentaire, et non un lieu de réceptacle de déchets.

