GOUMOUKOPE, UN VILLAGE EN BORDURE DE MER DOUBLEMENT MENACE PAR L’EROSION COTIERE ET LA POLLUTION

Goumoukopé est un village situé sur la côte sud-est du Togo. Il est touché, d’une part, par la pollution due au déversement des déchets de phosphate dans la mer, et l’érosion côtière, d’autre part – tous deux des phénomènes très alarmants.

Le mardi 27 Juin 2023, une équipe du Centre pour la Justice Environnementale-Togo (CJE-Togo) a entrepris une visite au chef du village, Togbui NII ADOTEVI-AKUE MOE ADJOYI III, en présence de quelques notables et responsables de la localité. Cette visite s’est soldée par un passage sur la côte qui a permis de constater la pollution de la mer par les phosphates ; et l’érosion côtière qui, elle aussi bat son plein.  

Il en ressort de la visite qu’une mince bande d’environ 200 mètres sépare la côte des habitations. Cette situation a entrainé la destruction de plusieurs maisons.

Il est donc clair que l’érosion côtière n’est plus un risque pour cette localité mais un fait climatique majeur comme c’est le cas pour beaucoup d’autres localités côtières du pays, victimes de pertes et préjudices.

En effet, depuis 30 ans déjà, la côte de Goumoukopé est dotée d’épis servant à retarder l’avancée de la mer vers la population. Ces épis ont permis de regagner quelques mètres de côte et repousser suffisamment un tant soit peu l’érosion côtière.  Selon les spécialistes, la mer enlève progressivement le sable sous ses roches, les rendant inefficaces au fil des années. La photo ci-dessous montre les épis érigés pour freiner l’érosion côtière depuis les années 1980 ; qui faiblissent avec le temps devant l’avancée de la mer.

Crédit photo@ CJE-Togo

De l’autre côté, la couleur jaune de l’eau est due au phosphate traité et lavé qui provient de l’usine de traitement des phosphates (en fond de l’image) installée à Kpémé, village situé à près de 2 km de Goumoukope. Les eaux de lavage et les boues brutes sont déversées dans la mer par la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT) sans aucun traitement préalable. Ceci est l’un des impacts négatifs de l’extractivisme dont les communautés subissent allégrement. Le déversement de ces boues entraîne la pollution de l’air, l’eau et le sol.

La pollution de l’air a un grand impact sur la santé des habitants de la localité. Causée par les nuages de poussières occasionnés par les activités de la SNPT, notamment le tri et le lavage du phosphate, elles exposent la population aux maladies respiratoires et des troubles de vision.

La pollution de l’eau est marquée par la couleur jaune de la mer due aux boues de phosphate qui y sont rejetées.  Elle n’est pas sans conséquences sur les activités des populations locales dont la majeure partie vit essentiellement de la pêche artisanale. La production halieutique a considérablement baissé due aux difficultés de trouver du poisson dans les zones polluées de la mer. Beaucoup se trouvent obliger d’aller aux larges pour chercher du poisson – rendant pénibles leurs activités. On assiste également à la disparition de certaines espèces de poissons ; ce qui est à l’origine de la dégradation de la biodiversité marine.   

Parlant de la pollution du sol, il faut noter la dégradation des nutriments du sol rendant les terres impropres à l’agriculture. Des terres arrachées qui, de surcroît mal compensées aux propriétaires terriens dudit village, auraient dû normalement servir aux cultures de maraichage – constituant ainsi un grand manque à gagner pour les populations. De ce fait, les rendements agricoles ont considérablement baissé ; créant un déficit alimentaire dans le milieu.

Privées de leur droit à un environnement sain, les populations sont confrontées à d’énormes problèmes de santé, auxquels s’ajoutent le ralentissent des principales activités génératrices de revenus (pêche, agriculture).  

Par ailleurs, il est désolant de constater que la législation togolaise ne prévoit pas de contrôle radiologique sur le fonctionnement des industries d’exploitation car une récente étude par (Hazou et Patchali, 2021) a révélé la présence de la radioactivité dans les résidus de phosphates. Des valeurs plus élevées de cette radioactivité ont été également obtenu par rapport à la limite recommandée (plus de 5 fois la norme)[1]. Aussi, n’y a-t-il aucune restriction existante sur la manière dont les déchets doivent être traités. 

Le CJE-Togo s’engage à mener à bien la lutte pour la restauration de la justice environnementale et sociale dans cette localité.  L’organisation tire donc la sonnette d’alarme, et s’engage à faire le nécessaire auprès des institutions spécialisées de l’Etat afin d’accompagner ce village à revendiquer son droit de vivre dans un environnement sain.

Lutter contre l’extractivisme, les énergies fossiles et prôner la justice environnementale et sociale dans les communautés pour un meilleur monde, telle est la lutte menée par le CJE-Togo.

CJE-Togo, au cœur de la lutte pour la justice environnementale !


[1] https://www.researchgate.net/publication/270848734_L’impact_de_l’exploitation_des_phosphates_sedimentaires_et_de_Hahotoe-Kpogame_sur_la_pollution_chimique_des_sediments_du_fleuve_Haho_et_du_lac